Il faisait beau ce jour-là. Le soleil revenait enfin, après un rude hiver. Maëlle se réjouissait de voir le beau temps arriver. Enfin elle allait pouvoir mettre le nez dehors !
La jeune fille avait toujours été de constitution fragile et devait prendre de nombreuses précautions pour ne pas tomber malade. Ainsi tous les ans, dès l’automne, elle devait rester cloîtrée chez elle, enfermée dans sa petite chambre, seule.
Ses parents lui avaient donc permis de sortir en ce bel après-midi de mai, à la condition qu’elle se couvre bien. Maëlle leur avait promis de faire bien attention et avait enfilé sa grande cape chaude avant de quitter la masure.
Elle se promenait avec gaieté : enfin elle était à l’air libre. Elle avait attendu ce moment pendant d’interminables mois. Elle avait décidé de marcher jusqu’à la rivière qui traversait la forêt, non loin du village. C’était son lieu favori.
Sur le chemin, elle croisa quelques jeunes gens de son âge. Comme cela arrivait souvent, ils l’évitèrent. Elle savait que les villageois la trouvaient étrange et avaient peur d’elle. Il faut dire que ses longs mois d’enfermement les laissaient perplexes. Personne ne comprenait réellement ce qu’elle vivait. Elle continua sa route, essayant d’ignorer les regards qui pesaient sur elle. Elle ne pouvait rien faire d’autre.
Après une heure de marche, Maëlle arriva enfin au bord de l’eau. Elle trébucha sur une pierre et tomba, mais se releva très vite. Elle avança encore un peu, longeant le ruisseau.
Les arbres tout autour étaient touffus et leurs feuilles se balançaient au gré du vent. Maëlle s’assit sur une souche et écouta la vie autour d’elle. Les oiseaux chantaient, les feuilles bruissaient, la rivière s’écoulait tranquillement vers le bas de la vallée. Maëlle éprouvait en entendant tout cela un regain d’énergie.
Parmi tous les sons alentour, un attira particulièrement l’attention de Maëlle. Il ne ressemblait à aucun autre. D’ailleurs, elle n’avait jamais rien entendu de pareil. Ce que Maëlle percevait ressemblait à un sifflement mais duquel des mots retentissaient. C’était musical, doux et rassurant. En tendant l’oreille, Maëlle détermina que cette mélodie venait du fond du cours d’eau. Elle se pencha alors au dessus du petit canal et aperçut un poisson magnifique, brillant comme s’il était recouvert d’or et de diamants. C’était lui qui produisait l’étonnante musique. D’un geste de la main, elle essaya de l’attirer vers elle. Après une légère hésitation, l’animal monta à la surface et se plaça face à Maëlle. Il avait cessé de chanter.
Le jeune fille le félicita et le remercia : jamais encore elle n’avait entendu quelque chose d’aussi beau. Le poisson garda le silence, continuant de dévisager Maëlle. Celle-ci commença à s’interroger : peut-être ne comprenait-il pas ce qu’elle disait ? Sa seule idée fut de répéter ses compliments en articulant lentement. Naïvement, elle espérait qu’il puisse alors mieux recevoir le message.
L’animal la fit taire d’un mouvement de nageoire.
« J’avais compris la première fois, chantonna-t-il, mais je suis étonné. Aucun humain n’est censé pouvoir m’entendre ni me comprendre… et pourtant, te voilà. Qui es-tu ?
- Je m’appelle Maëlle et je ne suis qu’une simple fille de paysan.
- Je vois, marmonna-t-il, mais tu… oh. Je pense savoir. »
Il plongea alors et disparut avant de réapparaître quelques minutes plus tard. Il demanda à Maëlle de le suivre. Elle l’accompagna, sans comprendre ce qu’il voulait. Il amena la jeune fille vers le lieu où elle était tombée plus tôt.
Là, elle découvrit avec terreur un corps gisant au sol. Elle reconnut la cape qui couvrait la frêle silhouette. Tremblante, elle s’approcha et releva la capuche couvrant le visage de la personne allongée. Retenant un cri, elle s’éloigna vivement en voyant la tête ensanglantée que cachait le tissu. Ce corps, c’était le sien. Elle avait chuté sur un rocher et ne s’était en fait pas relevée.
« Si tu m’entends, c’est simplement parce que tu n’es plus qu’une âme. »